Qu’est-ce que le bouddhisme zen ?

Le zen sōtō s’est développé au sein d’une des plus anciennes traditions spirituelles de l’humanité : le bouddhisme. Au sein de cette grande Voie de compassion, le zen revient à l’essentiel : la transformation de soi-même par soi-même, à travers la pratique radicale du zazen.

Présentant pour la première fois la méditation zen aux Japonais, en 1227, maître Dōgen disait : « Le zazen dont je parle n’est pas l’apprentissage de la méditation. Il n’est rien d’autre que l’enseignement de paix et de bonheur, la pratique-réalisation de l’éveil parfait. »

Qu’est-ce que le bouddhisme ?

Le bouddhisme est issu de l’enseignement fondamental de Gautama Siddharta (VI-Ve avant notre ère) : tous les phénomènes conditionnés — tels que les objets et les êtres qui nous entourent, mais aussi notre corps et notre esprit — sont impermanents et donc source d’insatisfactions et de souffrances.

Gautama Siddharta, s’éveillant à cette vérité, conçoit une Voie pour sortir de ce cycle d’insatisfaction. On l’appellera désormais le Bouddha (« l’Éveillé »).

Le bouddhisme se distingue des autres religions par l’accent mis sur la pratique personnelle, l’engagement dans la transformation de soi-même. Si le bouddhisme insiste sur des qualités telles que la compassion, la générosité, la patience ou la bienveillance, c’est à la fois pour leurs vertus intrinsèques, mais aussi pour participer à la transformation de l’individu. L’actualisation de l’esprit éveillé est, en soi, l’éveil.

Qu’est-ce que le zen ?

Au cours du Ve de notre ère, le Bouddhisme arrive en Chine, par l’intermédiaire de laïcs. Les lettrés chinois montrent un vif intérêt pour les enseignements écrits, multipliant les traductions, les conférences et les traités. Mais ils leur manquaient l’exemple de la pratique vivante.

Vers 520, Bodhidharma arrive en Chine. Il montre aux Chinois l’exemple de la pratique essentielle du Bouddhisme : zazen, l’assise simple, face au mur, dans le dépouillement du corps et de l’esprit. Il transmet à ces premiers disciples cette pratique vivante, au-delà des textes et des sutras.

Suivant son exemple, l’école chán se développe et bientôt de grands maîtres marquent de leur empreinte non seulement le bouddhisme, mais la culture chinoise tout entière : Linji (jap Rinzai), Mazu (jap Baso), Baizhang (jap Hyakujō).

En 1223, un moine japonais débarque en Chine, à la recherche de la pratique authentique de la Voie du Bouddha. C’est Eihei Dōgen, le maître fondateur de notre école sōtō. Certes, le Japon connaît alors très bien le bouddhisme et le zen, mais, tout comme les Chinois du VIe, cette connaissance demeurait livresque et intellectuelle, centrée sur les sutras et privilégiant les cérémonies et les conférences.

À la recherche d’une pratique vivante, transformatrice du pratiquant, il rencontre Tendō Nyōjō. « Shinjin datsuraku ! » lui enseigne-t-il. « Dépouillez-vous du corps et de l’esprit. » Encore une fois, au-delà des mots et des catégories, voici la pratique simple, essentielle.

Par la suite, sous l’impulsion de maître Dōgen et des maîtres qui vont lui succéder (Keizan Jōkin, Meihō Sotetsu, etc.), le zen sōtō s’épanouit au Japon. Le zen influence profondément la culture japonaise à travers les arts, la cérémonie du thé (chanoyu), la voie du guerrier (Bushidō), la poésie et bien d’autres encore.

L’autre grande branche du zen japonais, le zen rinzai, attire particulièrement les samouraïs, alors classe dirigeante du Japon. Le zen sōtō est le zen des paysans et des commerçants, le zen des campagnes et des faubourgs.

Maître Taisen Deshimaru : le zen en Europe

Au début du XXe siècle, le zen fait face à l’opposition de l’État japonais lancé dans les réformes de l’ère meiji. Le Japon devient nationaliste et moderne, et le bouddhisme se voit accusé d’être étranger et obsolète. Il va se revivifier en retournant à ses sources : l’enseignement de maître Dōgen et, inévitablement, la pratique de zazen.

Figure éminente de ce regain, Kōdō Sawaki marque les Japonais par son enseignement sans concessions, ses manières authentiques et sa dévotion absolue à la pratique de shikantaza, la méditation assise sans objet — zazen, donc.

À la mort de Kōdō Sawaki, un de ses disciples, homme d’affaires sans grands succès, entreprend de propager le zen en Occident : Taisen Deshimaru arrive à Paris par le transsibérien en 1967. Ce n’est pas un moine professionnel, il n’est mandaté par aucune structure et n’est armé que de son zafu (coussin de méditation), son kesa (vêtement traditionnel du moine) et les carnets de notes de Kōdō Sawaki.

Logé à l’arrière d’une boutique macrobiotique, sa pratique du zazen attire bientôt à lui les premiers disciples. Rapidement, le mouvement prend de l’ampleur, et, sous l’impulsion de maître Deshimaru, des centaines de dojo sont créés en France et dans le monde. Il fonde le temple de la Gendronnière en 1980.

Taisen Deshimaru en zazen
Maître Deshimaru en zazen

Taisen Deshimaru est décédé en 1982, laissant à ses disciples l’essence de son enseignement. Ils transmettent à leur tour la pratique authentique du Zen.

Philippe Coupey

Philippe Reiryū Coupey est né à New York en 1937. Installé à Paris dès 1968, il commence à pratiquer zazen avec Taisen Deshimaru en 1972 et devient l’un de ses disciples les plus proches, retranscrivant ses enseignements jusqu’à la mort du maître en 1982.

Depuis, il dirige sesshins et camp d’été partout en Europe. Aujourd’hui référent spirituel d’une trentaine de dojos en France, Allemagne et Suisse, il continue de pratiquer et d’enseigner au Dojo Zen de Paris et dans son dojo parisien de Seine Zen.

Son œuvre écrite est considérable : commentaires de Dōgen, du Shinjinmei de Sōsan, textes sur le karma et l’ego, commentaires de l’intégralité des poèmes de Daichi, et beaucoup d’autres.

Maître Kōdō Sawaki

Kōdō Sawaki
Kōdō Sawaki

« Faire zazen calmement dans le dojo, éteindre toute pensée négative, cette joie est au-delà du paradis.

Le monde court après les profits sociaux, les honneurs, les beaux vêtements et le confort ; mais la satisfaction de ces plaisirs passagers n’est pas la vraie paix. Vous courrez et demeurerez insatisfaits jusqu’à la mort !

S’asseoir dans le dojo et pratiquer zazen, se concentrer d’un seul esprit, qu’il s’immobilise parfois ou que d’autres fois il bouge : voir de nos yeux de profonde sagesse intérieure ; pouvoir observer et reconnaître d’un esprit parfaitement tranquille.

Si vous êtes ainsi, votre dimension spirituelle, la plus élevée en ce monde, ne pourra être comparée à aucune autre. »

Kōdō Sawaki